Je sensibilise mes collaborateurs : pourquoi est-ce une erreur ?

Et si je réalisais une « sensibilisation » de mes collaborateurs pour rappeler l’importance du sujet et ENFIN faire comprendre le message ?

L’idée est simple et séduisante. La mise en place est rapide.

Mais dans combien de cas est-ce efficace ?


Après des années à recueillir l’avis des protagonistes, les « sensibilisateurs » et les « sensibilisés », j’ai constaté que le sentiment prédominant est celui de la frustration.

Les « sensibilisateurs » sont souvent déçus par le résultat et par l’attitude des «sensibilisés », qu’ils perçoivent désengagés ou non impliqués.

Les « sensibilisés » sont souvent lassés par ces répétitions jugées infantilisantes, soporifiques et inutiles.

Dans cet article, vous trouverez une analyse, des exemples et des conseils pour réussir vos sensibilisations autour d’une idée simple et éprouvée : inverser les rôles.

Les causes :

La principale cause d’échec des actions de sensibilisation est leur format. Dans la majorité des cas, une séance est organisée en mode magistral : le « sachant » expose le sujet, les destinataires écoutent. L’attention apportée à la qualité du support, à la taille du groupe, au lieu et au contenu du message ne gomment que partiellement les limites de ce format : son côté unidirectionnel et la posture passive dans laquelle il cantonne les participants.

Un changement d’angle ouvre au contraire des perspectives :

Pourquoi maintenir une dichotomie entre les « sensibilisateurs » et les « sensibilisés » ?

Qui doit prendre la parole ?

Illustrations :

Prenons le cas d’une sensibilisation Sécurité d’une équipe sur le port des équipements individuels de protection (EPI).

En mode magistral exclusif, les leviers les plus classiques utilisés pour une sensibilisation sont, selon le cas :

- Le rappel des consignes par le manager

- Le rappel des enjeux par le service Sécurité et Santé au Travail

- Le rappel de l’importance par la Direction

- La prise de parole d’un intervenant externe


Ce mode magistral peut certes être amélioré par l’inclusion de séquences interactives :

- Questions réponses

- Appels à la contribution des participants


Mais une véritable alternative consiste à modifier les rôles et à placer « les sensibilisés » comme émetteurs du message, et non plus comme destinataires :


Cas 1 : lors du rituel hebdomadaire de l’équipe (exemple : réunion « stand-up » de 15 minutes), un membre de l’équipe, tiré au sort, doit présenter à ses collègues, avec ses mots, les consignes à appliquer pour le port des EPI et l’importance du sujet.

Celui ou celle qui parle se trouve en posture d’autosensibilisation. Il/elle entendra différemment les arguments puisque c’est lui/elle qui doit les exprimer. Le cas est même fréquent ou cette personne n’est pas complètement convaincue ou exemplaire sur le sujet. La posture du reste de l’équipe va se modifier et favoriser les échanges : rires, chambrages, prises de position, contraintes, solutions, etc. Le discours n’est plus descendant mais transversal. Son impact est très différent.

Cas 2 : lors d’une séance de travail exceptionnelle sur le sujet EPI, les participants sont répartis par un animateur en 2 groupes, tirés au sort. Les membres du premier groupe vont réfléchir à la question « en quoi les EPI nous aident à travailler en sécurité ? ». Les membres du 2ème groupe vont quant à eux échanger sur la question « en quoi les EPI nous gênent dans notre quotidien ? ». Chaque groupe va ensuite être amené à expliquer ses arguments à l’autre groupe. La séance sera conclue par une synthèse collective.

C’est le mode interrogatif qui est ici privilégié. Les « sensibilisés » sont considérés comme des sachants et sont impliqués dans la réflexion sur le sujet. Un cadre constructif leur est proposé pour partager leurs connaissances et expériences. Ils ne sont pas infantilisés. Le débat est encouragé. Certains participants vont même se trouver en posture de défendre un point de vue qu’ils ne partagent pas. L’ancrage du sujet auprès des participants sera très différent de celui obtenu par une présentation classique.

Dans ces 2 cas, le seul changement opéré est le choix du format de la sensibilisation, dans l’optique de renforcer l’engagement des « sensibilisés » en les faisant participer activement.

S’il existe d’autres leviers pour renforcer l’impact d’une sensibilisation, celui-ci fait partie des plus efficaces.

Mes conseils :

Tous les contextes d’entreprise ne se prêtent pas à un déploiement littéral des exemples proposés. Méfiez-vous des solutions toutes faites. Dans un contexte d’équipe et de management bienveillants et sereins, le champ des possibles est plus vaste qu’avec des équipes en tension. Tenez compte de la culture de votre entreprise et des personnalités en présence, pour adapter votre sensibilisation et proposer un format « certes différent, mais avant tout performant ».

Conclusions :

Une sensibilisation ne se réduit pas à une séance de « présentation ».

Une prise de recul est souvent salutaire pour sortir des schémas établis et proposer une solution efficace.

Les méthodes d’ingénierie pédagogique utilisées par les professionnels de la formation sont transposables pour concevoir un module de sensibilisation. Ces techniques, accessibles à tous, peuvent vous inspirer.

La réflexion à plusieurs est également préconisée, pour enrichir votre point de vue par des visions croisées.

Si le temps et l’inspiration vous font défaut, vous pouvez aussi faire appel à un professionnel.

Dans tous les cas, n’oubliez pas que les « sensibilisés » ne sont pas des spectateurs mais bel et bien des acteurs essentiels pour une sensibilisation réussie.

N’hésitez pas à partager vos commentaires, retours d’expériences et idées autour de la question.

Olivier